Mes romans coup de coeur de 2016

Mes romans coup de coeur de 2016

15
Janvier 2017

Culture
Littérature

Je consacre chaque petit moment de libre à la lecture : Un temps de chargement, une attente au téléphone, un voyage… Je choisis mes lectures par impulsion, par envie immédiate mais j’essaie tout de même de consacrer quelques heures pour des lectures contemporaines, publiées durant l’année en cours. Étant inscrite au club de lecture de mon quartier, j’ai accès très facilement aux nouveautés de la médiathèque. Voici mes coups de cœur littéraires de l’année 2016.

La Maison dans laquelle
de Mariam PETROSYAN, Traduit par Raphaëlle Pache
Sans surprise, LE livre de l’année a été « La maison dans laquelle » de Mariam PETROSYAN à qui j’ai déjà consacré une critique sur le blog. Envoutant, addictif, mystérieux, touchant, percutant… Les adjectifs ne manquent pas pour le décrire.
Consumés
de David Cronenberg, traduit par Clélia Laventure

David Cronenberg est un réalisateur dont j’admire le travail. La mouche, le Festin nu, A Dangerous method et bien d’autres font partis de mes films culte. Au début de l’année 2016, David Cronenberg s’est essayé au roman.
Nous suivons un jeune couple, Naomi Seberg et Nathan Math, photojournalistes, adeptes aux nouvelles technologies et aux histoires sensationnelles. Elle, spécialisée dans les affaires criminelles, va enquêter sur la mort la célèbre Célestine Arosteguy, professeur de philosophie, assassinée et mangée par son mari, le tout aussi célèbre Aristide Arosteguy. Lui, travaillant uniquement sur les sujets médicaux, s’intéresse à des opérations de chirurgie mammaires en Hongrie. Leurs deux enquêtes vont peu à peu s’entrecroiser mais je n’en dis pas plus pour ceux qui ne se seraient pas encore plongé dans ce roman.
Le récit est en lien des thèmes qu’il aborde généralement dans sa filmographie : la transformation du corps, la dysmorphophobie entre autres. J’ai pu entendre dans une interview donnée à France Inter, qu’il s’agissait d’un scénario de film mais qu’il était bien trop difficile à mettre en scène.
Le rapport à l’image et à la techniques photographique en font un récit à part, riche et complexe. On sent le cinéaste derrière ! Il n’est clairement pas à mettre dans toutes les mains : la sexualité et la maladie sont omniprésentes, tout autant répugnantes qu’envoutantes. J’avoue avoir ressenti une légère nausée durant certains passages, comme devant certains de ses films. Hélas, quelques longueurs ternissent la lecture et n’en font pas un récit parfait.

Le chant de la Tamasse
de Ron RASH, Traduit par Isabelle Reinharez.

Durant les années 90, les vacances de la famille Kowalsky tournent au drame lorsque Ruth, la fille aînée est emportée dans les eaux de la Tamasse, rivière qui longe une petite ville du même nom. Son corps reste coincé dans un ressort hydraulique, empêchant les sauveteurs de la sortir de la rivière.
L’évènement va entrainer questionnements et dilemmes dans la ville. En effet, la Tamasse est une des rares rivières sauvage des Etats-Unis. De ce fait, elle est protégée par des lois fédérales qui interdisent toutes modifications des rives par l’homme. La famille Kowalsky demande pourtant la construction d’un barrage temporaire afin de récupérer le corps. Ce souhait va mettre à mal tous les habitants de la petite ville américaine, militants écologistes, politiques,  journaliste et même nous, lecteurs : Chacun doit faire face à  un dilemme. Comment ignorer la douleur des parents ?  Comment accepter de dénaturer un des rares sites encore sauvage ? Difficile de rester insensible devant toutes ses questions.
Nous suivons les débats à travers Maggie, photographe originaire de Tamasse. Pour couvrir cet évènement, elle doit revenir dans sa ville de naissance, ville qu’elle a fuit à la fin de ses études. Les débats autour de la Tamasse vont doucement se cristalliser sur sa propre histoire.
Le chant de la Tamasse est le second roman de l’américain Ron Rash, écrit en 2004. Il aborde avec justesse les thèmes de la culpabilité, du deuil et du pardon.

Chanson douce
de Leïla SLIMANI

Je ne suis pas une fan des prix littéraires. J’aime me renseigner mais je ne cours jamais après les vainqueurs. Cette année, j’ai fait exception pour le prix Goncourt, « Chanson douce », le second roman de Leïla Slimani.
Le synopsis: Une nourrice assassine les deux enfants qu’elle a en charge avant de tenter de se suicider. Cela pourrait être un terrible fait divers comme nous en avons déjà tous lu dans les journaux, ou vu passer sur nos réseaux sociaux. Écrire un roman dessus me paraissait complètement casse-gueule : il est facile de tomber dans le pathos et le voyeurisme en insistant sur la maltraitance des enfants et la douleur des parents… Et pourtant nous avons un roman d’une sensibilité incroyable. Les premières pages sont effectivement dures. La première phrase est même des plus chocs. Mais les chapitres s’enchainent et racontent une histoire troublante même si l’on connaît déjà tous le dénouement. Je me suis surprise à m’attacher à cette assistante maternelle infanticide mais qui, pourtant aime profondément les enfants qu’elle garde. Je me suis surprise à secouer la tête face aux agissements des deux jeunes parents, parfois immatures et égoïstes.
Il s’agit avant tout d’une histoire de manipulation, d’emprise et d’interdépendance entre cette nourrice providentielle et les jeunes parents carriéristes. La tension est palpable tout au long du roman et monte crescendo. Même si on suit principalement cette nourrice, elle reste un mystère pour nous, lecteur. On tente de l’analyser et de comprendre ce qui a pu la pousser à commettre ce geste.
Un roman très percutant, que je ne conseillerai pas aux parents trop sensibles cependant.

Un travail comme un autre
de Virginia Reeves, traduit par Carine Chichereau

Dans l’état d’Alabama, durant les années 1920, Roscoe et Marie, mariés depuis plusieurs années, ne s’entendent plus. Roscoe est un ex-ouvrier dans l’électricité, Marie une institutrice. Tous les deux ont été obligés de quitter leur emploi et le confort de la ville pour s’occuper de la ferme suite au décès  du père de Marie. Roscoe n’est pas un fermier : Son refus de travailler la terre est mal vu. Rien ne va plus dans la famille … Jusqu’au jour où Roscoe profite de l’arrivée de l’électricité en campagne pour détourner une ligne, illégalement, afin de moderniser le travail de sa ferme.  Tout se passe bien pour la famille : le couple retrouve leur complicité et les affaires prospèrent…  Hélas les branchements sauvages de Roscoe provoquent l’accident mortel d’un ouvrier de la compagnie d’électricité d’Alabama. Il est alors condamné pour 20 ans de prison.
Les chapitres s’alternent sur la vie dans la ferme, racontée au passé et la vie dans la prison, au présent. L’auteure, Virginia Reeves, signe là un premier roman instructif. Les descriptions sont précises et techniques, sans pour autant manquer de poésie.  Les émotions sont bien présentes, intenses et vives.
Nous assistons aux changements qu’entraine l’arrivée de l’électricité pour le meilleur mais aussi pour le pire avec  la construction de la première chaise électrique de l’état, « Yellow Mama ». Des changements qui se répercutent surtout sur  la relation complexe entre Roscoe et Marie. Leur histoire singulière se fera et se défera au fil des évènements.

J’ai lu bien d’autres livres publiés en 2016 qui m’ont beaucoup plu sur le coup mais qui ne me laisseront pas un souvenir vif avec le temps. Je pense par exemple au roman Les sorcières de la république de Chloé Delaume. Je suis également en pleine lecture de L’histoire secrète de Twin Peaks par Mark Frost. Je suis sous le charme et pense consacrer un article sur ce livre.

Il y a aussi tous ceux que je n’ai pas pu lire, faute de temps mais qui m’ont été fortement conseillés : En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, Petit Pays de Gaël Faye et Les putes voilées n’iront jamais au paradis de Chahdortt Djavann. Encore une fois la liste est longue et je ne vous en livre qu’une partie.

Peut-être avez-vous d’autres titres à me conseiller ? Quels ont été vos livres coup de cœur ?

 

Ours féru d’artisanat, je travaille dans le Studio “Le rat et L’ours” depuis 2015. Retrouvez nos travaux sur notre site. N’hésitez à me contacter pour plus d’informations ou pour demander un devis gratuit. Merci de m’avoir lu !

Le meilleur livre de 2016 : La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

Le meilleur livre de 2016 : La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

06

Janvier 2017

Culture
Littérature

« La maison dans laquelle », de Mariam Petrosyan, publiée en 2009 en Russie relate le quotidien d’un internat d’enfants et adolescents, tous atteints d’un handicap. Au mois de mai 2016, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont publié une traduction française de cette perle littéraire.

A travers les 1000 pages de ce roman, nous suivons plusieurs adolescents et parfois leur éducateur aux surnoms évocateurs comme Fumeur, Roux, L’Aveugle ou Vautour. Il faut dire que, lorsqu’on l’on entre dans cette maison, on perd son identité, son nom et tout lien avec « l’Extérieur ». Cette Maison est régie par ses propres lois, sa géographie particulière, ses traditions et ses hiérarchies. Il est très difficile de raconter, même brièvement ce livre : il est bien plus qu’une histoire et qu’un roman. Il est une expérience à vivre.

Pour Sauterelle, la Maison était comme une ruche géante. Dans chaque alvéole, il y avait une chambre ; dans chaque chambre, un monde. Il y avait bien d’autres alvéoles : les salles de classes et de jeux, la canine et les vestiaires. Cependant la nuit, vides et sombres, elles ne comptaient pas.

Il m’a fallu plus de trois mois pour venir à bout de ce petit pavé. J’ai alterné des phases de lectures très courtes, de quelques pages à des beaucoup plus longues de plusieurs chapitres. Pourtant, de chaque séance de lecture, je ressortais avec la même sensation : Celle d’avoir perdu tout mes repères temporels. Les minutes et les heures de lectures se sont transformées en jours, en semaines et en mois passés dans cette Maison.

J’ai le sentiment d’avoir réellement accompagné les personnages et d’avoir vécus avec eux. J’en aimé certains et détesté d’autres. J’ai pleurés les pertes et me suis méfiées des arrivées. Surtout, comme les résidents qui doivent partir à 18 ans, je craignais ma sortie de la Maison et repoussais la fin de ma lecture.
Ce livre m’a profondément troublée.

En sortir a été difficile. Pour rester en lien avec la Maison et avant de débuter un autre livre, j’ai fait quelques recherches sur l’auteure, Mariam Petrosyan.

C’est sur le site des éditions Monsieur Toussaint Louverture que j’en ai appris le plus. L’auteure a écrit son roman sur une dizaine d’années et aurait même dessiné les personnages avant de les écrire. Publier son écrit n’aurait pas été son but premier : le succès s’est d’ailleurs fait attendre. Depuis la publication de son livre, elle dit “ressentir un grand vide”. Pourtant Mariam Petrosyan a su rassembler tous ses lecteurs, peu importe leurs âges ou leurs origines dans cette grande Maison. Nous sommes nombreux à être aujourd’hui imprégnés de ces lieux et d’y avoir retrouvé un peu de notre adolescence.

Je vous laisse un extrait, poétique et mystérieux, décrivant la Maison. En espérant qu’il vous donnera envie d’y faire un long séjour.

La Maison, c’est une succession de murs dont la peinture n’en finit pas de s’écailler. C’est aussi d’interminables volées de marches étroites. Des moucherons qui dansent sous les lanternes des balcons. L’aurore aux doigts de rose qui caresse les rideaux. Des pupitres recouverts de craie et débordant de bric-à-brac. Le soleil qui s’étire dans la poussière rouge de la cour. Des chiens couverts de puces qui sommeillent sous les bancs. Des spirales du tuyaux rouillés qui se croisent et s’entremêlent sous la peau craquelée des murs. Des rangées irrégulières de bottes d’enfants qui se glissent le long des lits.
La Maison, c’est un petit garçon qui s’enfuit à travers des couloirs déserts, un petit garçon constamment couvert de bleus, qui s’endort pendant les cours et se voit affublés d’une multitude de surnoms : Céphalopode, Destrier, Sauterelle ou bien trace d’Aveugle – vu qu’il ne le quitte pas d’une semelle et marche dans ses pas. Lorsque quelqu’un pénètre dans la Maison, celle-ci commence par braquer sur lui un angle de mur, tranchant comme une lame. Ensuite seulement, le visiteur peut en franchir le seuil.

Ours féru d’artisanat, je travaille dans le Studio “Le rat et L’ours” depuis 2015. Retrouvez nos travaux sur notre site. N’hésitez à me contacter pour plus d’informations. Merci de m’avoir lu !